Le Briefing du Pilote
par Denis BENARD  ·  ÉDITION MENSUELLE  ·  N°1  ·  SEPTEMBRE 2026 S'abonner S'abonner
Édition n°1 — Septembre 2026

Le jour où j'ai repris les commandes

« La meilleure trajectoire n'est pas toujours la plus directe : parfois, c'est celle qui évite l'orage. »

Printemps 2020. Je suis pilote de ligne, et je suis cloué au sol. Tous les vols sont arrêtés — personne n'avait imaginé un tel scénario.

À la maison, en confinement, j'ouvre le site de ma banque : les fonds s'écroulent. J'y avais placé en janvier, sous mandat de gestion, le fruit de la vente de mon avion privé, un Maule qui m'avait fait voler pendant plus de dix ans. Moins 40 %.

En aviation, on parle de « startle effect » : cette sidération qui nous paralyse un instant, avant de pouvoir agir.

Passé ce moment, j'appelle mon banquier. Sa réponse : « Vous vous referez… dans quelques années. »

Impuissance. Abandon. Résignation.

Puis une volonté inébranlable : reprendre les commandes.

Le Maule de Denis, au sol, au soleil rasant
Le Maule, vendu en 2020 avant la pandémie.
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Ma génération a traversé trois grandes tempêtes de marché, et je les ai vécues à trois distances différentes.

2001, l'éclatement de la bulle internet : j'étais étudiant pilote de ligne. L'insouciance de la jeunesse — un écho lointain, quelques gros titres.

2008, la crise financière mondiale : jeune copilote long-courrier. L'économie se fige, les compagnies aériennes gèlent les embauches. Ma place n'est pas menacée, mon salaire est maintenu ; les carrières ralentiront pendant des années, mais je regarde la tempête derrière le pare-brise de mon cockpit.

2020 : cette fois, je suis en plein dedans. Mon métier à l'arrêt, mon épargne en chute libre — et aux commandes de mon argent, un pilote, mon banquier, sans radar, sans procédure, sans plan de secours.

En vol, on ne subit pas un orage, on l'évite, avec un radar météo, des marges de sécurité, un plan d'action. Mon épargne n'avait rien de tout ça, elle volait tout droit en pilote automatique.

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Alors j'ai fait ce qu'on m'a appris à faire : me former. Lors des deux confinements, ma maison est devenue ma salle de cours. J'ai d'abord appris les bases, acquis des méthodes, et me suis fait coacher par des mentors. Des mois, des années de travail, le tout en continuant à voler, quand le ciel a rouvert.

Et j'ai fait des erreurs. Changer d'approche trop souvent, quand une stratégie de long terme paie sur la durée. Écouter des influenceurs au détriment de ma propre analyse. Trop expérimenter, chercher des raccourcis. Acheter dans l'euphorie, douter dans la peur. Le FOMO et le FUD* n'épargnent personne — pas même un pilote entraîné à garder la tête froide. L'argent se perd dans la tête : je l'ai vérifié sur moi.

* FOMO (« Fear Of Missing Out ») : la peur de rater le train, qui fait acheter au sommet. FUD (« Fear, Uncertainty, Doubt ») : la peur diffuse, qui fait vendre au pire moment. Les deux principaux biais émotionnels de l'investisseur.

Ces erreurs ont tracé mes certitudes. En 2024, je me suis senti prêt. En 2025, j'ai commencé à construire Sérénité ; en 2026, je l'ai formalisée et testée sur plus de vingt ans de données de marché — une période qui contient précisément ces trois tempêtes.

Voici ce qu'elles ont fait à Sérénité.

Crise n°1 — l'éclatement de la bulle internet : Sérénité −14 %, actions US −54 %
Crise n°2 — la crise financière mondiale : Sérénité −9 %, actions US −47 %
Crise n°3 — le krach éclair du Covid : Sérénité −7 %, actions US −31 % en hebdomadaire

Trois tempêtes, mais de natures différentes.

Celles qui s'installent : 2001, 2008. Des mois pour les voir se former, comme une ligne orageuse qui traverse l'Atlantique avant de toucher la France. La trajectoire a le temps de s'adapter. Elle s'appuie sur les valeurs refuges pendant que les marchés s'enlisent.

Celles qui frappent sans préavis : 2020. Moins de quatre semaines ! Difficile de manœuvrer. Là, ce sont les marges décidées en amont qui permettent de traverser les turbulences. Sur cette crise éclair, la volatilité affichée est exactement celle que je suis prêt à tolérer.

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À la maison aussi, quelque chose a changé. Sarah, sceptique d'abord, a décidé de se former, elle m'a enfin soutenu. Comprendre remplace la confiance aveugle : c'est vrai en finance comme en couple.

Nos filles ont grandi au milieu de ces débats, de mes erreurs et de mes réussites. Et cette semaine, Nila — celle dont la question a ouvert le premier numéro de ce Briefing — est venue me voir avec le salaire de son été : elle veut l'investir et prendre en main son avenir financier. Pas pour copier la stratégie de son père. Pour construire la sienne, à la mesure de ses dix-huit ans, de son horizon, de son temps. Nous allons la dessiner ensemble. Je vous raconterai.

Dans le cockpit du Maule en vol, une enfant au casque rouge à la place de droite
Dans le Maule, quelques années plus tôt.

Mon banquier m'a dit : « Vous vous referez… dans quelques années. » J'ai préféré apprendre à ne plus jamais dépendre de cette phrase. La sérénité financière ne se délègue pas : elle s'apprend.

Rendez-vous le samedi 3 octobre
Le mois prochain, j'ouvre le capot :
de quoi est faite une stratégie tout-terrain,
à quoi sert chaque pièce du réacteur.
Denis BENARD
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Denis Benard

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